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Fucus vésiculeux. Photo Jack Guerrier 2016.
Fucus vésiculeux. Photo Jack Guerrier 2016.
L’homme qui n’avait jamais vu la mer a dit Je ne savais pas que le ciel pouvait ainsi s’étendre sur la terre.
Il était debout et n’osait pas avancer. Il fallait fuir et ne pouvait plus bouger. Le bleu s’est tu. Un silence bruyant s’est installé. Les reflets dans l’eau participaient de ce vacarme sans mots. Tout se mélangeait dans ses yeux, dans sa tête et même sur sa peau.
Et toujours impossible de s’élancer.
Une femme est venue et l’a pris par la main. L’a tiré. Ses pieds ont alors senti le ciel liquide qu’il fallait enjamber pour aller jusqu’au bateau gonflable. La main de la femme – bien que ferme – était source. Frissonnant, il s’est assis presque à même le ciel inversé, a serré son sac contre lui. N’a pas senti l’enfant qui se calait entre ses jambes, ni ses voisins qui se serraient pour que tous embarquent.
Pur lui, la traversée s’est faite ainsi, enroulé autour de sa besace, ne sachant quel Dieu prier ni même si Dieu avait pu s’échapper de sa sphère céleste.
Le bleu se taisait toujours. Se taisait encore.
Un bleu d’encre. Un bleu devenu mortel.
De l’autre côté de la mer l’homme attend que les différents bleus retrouvent leur place. Sans savoir si ce sera possible un jour.

Jeanne Bastide

Tag(s) : #photo, #poésie

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